Il existe mille manières de franchir une porte. Certaines s’ouvrent sur un soulagement celles de l’hôpital, de la prison, du bureau ou de l’école lorsque la journée s’achève. D’autres s’ouvrent sur la joie : la porte de la maison où l’on retrouve les siens, celle d’une chambre où l’on se repose, ou même celle de la banque à la fin du mois. Mais toutes les portes ont ceci en commun : elles sont un passage. On ne vit pas « sur la porte ». On y entre, on en sort, on y passe. Et recevoir quelqu’un sur le seuil, sans l’inviter à entrer, c’est déjà lui signifier qu’il n’est pas vraiment accueilli.
C’est dans ce langage simple et quotidien que Jésus nous rejoint lorsqu’il déclare : « Je suis la porte ». Il ne se présente pas comme un obstacle, ni comme une barrière, mais comme un passage qui ouvre vers la vie. Par lui, on peut « entrer et sortir », c’est-à-dire vivre en liberté, marcher sans crainte, accéder aux « bons pâturages ». Jésus n’est pas un maître qui enferme, mais un Seigneur qui libère. Il n’est pas un prophète de malheur, mais celui qui annonce la vie en abondance. Il connaît chacune de ses brebis par son nom, il les rassemble, il les protège du loup qui disperse et des voleurs qui détruisent. Il se tient comme une porte ouverte sur la paix, sur la confiance, sur la joie.
Mais si Jésus est la porte, il nous invite aussi à devenir, à notre tour, des portes. Et la question devient alors personnelle : quel genre de porte suis-je pour ceux que je rencontre ? Suis-je une porte méfiante qui observe avant d’ouvrir, une porte blindée qui s’enferme par peur, une porte entrouverte qui laisse entendre qu’on dérange, ou une porte qui ne s’ouvre que sur le seuil sans accueillir vraiment ? Ou bien suis-je une porte ouverte, simple et lumineuse, qui laisse passer la chaleur d’un visage accueillant, qui permet à l’autre de respirer, de se sentir attendu, reconnu, aimé ?
En ce dimanche du Bon Pasteur, l’Église prie pour les vocations. Mais la vocation n’est pas réservée à quelques-uns : Jésus appelle chacun par son nom. Chacun a sa mission, son rôle, sa responsabilité pour construire des lieux de paix, de confiance et de fraternité. Il est vrai que, parfois sans le vouloir, par nos paroles, nos silences ou nos attitudes, nous pouvons semer la peur, la méfiance ou la division. Pourtant, notre vocation la plus belle est peut-être celle-ci : être des portes ouvertes, des passages vers la lumière, des chemins vers les bons pâturages où il fait bon vivre ensemble.
Que le Bon Pasteur nous apprenne à écouter sa voix, à marcher derrière lui, et à devenir pour nos frères et sœurs des portes qui s’ouvrent sur la vie. P. Emmanuel-A. ELE, sac.