Louange

Les Actes des Apôtres nous montrent l’audace des premières communautés chrétiennes. Lorsque Philippe part annoncer l’Évangile en Samarie, il franchit une frontière que beaucoup de Judéens considéraient infranchissable. Jésus lui-même, au bord du puits de Jacob, avait déjà manifesté cette liberté intérieure qui ne s’arrête ni aux préjugés ni aux barrières culturelles. L’Évangile ne connaît pas de territoire réservé : il va là où un cœur s’ouvre.

Et la Samarie accueille la Parole. Une « grande joie » envahit la ville. Cette joie des commencements, on la retrouve encore aujourd’hui chez ceux qui découvrent la foi. Elle est parfois moins visible chez les chrétiens de tradition, comme si l’habitude avait émoussé l’émerveillement. Pourtant, connaître par Jésus un Dieu qui est un Père aimant devrait illuminer toute une vie. À cette joie fondamentale devraient s’ajouter la chaleur de nos célébrations, la simplicité d’accueillir ceux qui reviennent, la joie de transmettre aux jeunes, la liberté de parole dans nos communautés, même lorsque la critique se mêle à l’enthousiasme. La joie de croire n’est jamais solitaire : elle se partage, elle circule, elle construit un peuple.

Cette joie nourrit une espérance que saint Pierre décrit comme fragile et pourtant invincible. Il nous demande d’être prêts à rendre compte de cette espérance. Comment le pourrions‑nous si notre foi reste floue, ou si nous nous taisons par crainte d’une laïcité mal comprise ? Il arrive que des chrétiens s’interdisent eux-mêmes toute parole religieuse, pensant respecter l’autre, alors que celui-ci attend peut-être un témoignage humble et vrai. « Avec douceur », dit l’apôtre : c’est ainsi que peut naître un échange authentique, une parole qui ne s’impose pas mais qui s’offre.

Et cette parole, lorsqu’elle répond à un appel, n’est jamais seulement la nôtre. Depuis l’Ascension, le Christ est auprès du Père, mais il ne nous a pas laissés orphelins. L’Esprit Saint habite nos cœurs, inspire nos mots, soutient notre courage. Il arrive même que nous soyons surpris de ce que nous disons, comme si une source plus profonde parlait en nous. Bernanos l’a exprimé avec force : « Miracle de nos mains vides, nous donnons ce que nous n’avons pas. »

Dans l’Évangile de ce jour, Jésus nous dit encore : « Si vous m’aimez… » Cette parole peut nous dérouter. Comment passer du respect à l’amitié, de l’admiration à l’amour véritable ? Peut-être suffit-il de répondre avec simplicité : « Seigneur, tu connais mon cœur mieux que moi. Je voudrais t’aimer. Apprends-moi. »
Alors la joie, l’espérance et la parole inspirée ne seront plus des efforts à produire, mais les fruits naturels d’une relation vivante avec Lui.
P. Emmaunuel-A. ELE, sac. Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.