Isaïe 55, 6-9
Ps 144(145)
Philippiens 1,20c.24-27a
Matthieu 20,1-16a
"Les pensées de Dieu ne sont pas les nôtres"
Frères et sœurs, la parabole des ouvriers de la dernière heure, est une énième image utilisée par Jésus pour nous parler du royaume des cieux. Elle met l'accent, non sur lune quelconque justice ou injustice, mais plutôt sur la bonté du cœur de Dieu, dont les pensées ne sont pas nos pensées, et qui nous comble de ses grâces gratuitement(Is 55,8).
Comme celà est difficile à comprendre pour nous, qui avons du mal à nous débarrasser de cette idée de toujours vouloir tout comptabiliser, car nous voulons que nos sacrifices, nos souffrances, nos efforts soient reconnus et ainsi nous pouvons mériter quelque chose ou que les autres soient reconnaissant vis-à-vis de ce que nous leur faisons. De cette parabole, nous pouvons retenir trois choses.
Premièrement, dans notre vie, apprenons à nous satisfaire de ce que nous avons reçu de Dieu et ne passons pas le temps à regarder ce que les autres ont, au point de trouver insignifiant ce que nous avons et ce que nous sommes. C'est ce qui ressort de la récrimination de ces premiers ouvriers qui ne supportent pas de voir qu'ils reçoivent le même salaire que les derniers.
Passer le temps à regarder la vie des autres, peut susciter parfois la jalousie. Et nous savons ce qu'elle peut entraîner comme conséquence : voilà pourquoi elle est un péché capital, car elle peut entraîner d'autres péchés, comme la haine, l'envie, le vol, parfois jusqu'à l'idée de meurtre, pour s'accaparer de ce qui nous attire chez l'autre, et que nous estimons mériter et non lui. Par exemple, on peut aller jusqu'à empoisonner son ami, son frère, qui a trouvé un bon boulot, qui a une belle voiture moins que la nôtre. Les exemples ici peuvent être légion, pour illustrer les dégâts que la jalousie ou l'envie de ce que les autres possèdent peut causer. Cela va aussi nous éviter d'être aigris, et à passer son temps à rouspéter, à s'alarmer, à être frustré. Commençons toujours par rendre grâce à Dieu, pour ce que nous avons reçu de sa bonté
Deuxièmement, nous devons aussi retenir qu'avec Dieu, l'amour ne compte pas, ne calcule pas, ne s'achète pas. Cela implique qu'il faut agir envers les autres parce que nous avons un cœur bon, et non parce qu'ils méritent que nous les aidions. Et c'est à ce moment-là que nous serons à l'image de notre Dieu, dont nous sommes l'image et la ressemblance. A ce niveau, c'est comme avec le pardon, dont nous a parlé la parole de Dieu dimanche dernier. _*Je pardonne, pas parce que l'autre le mérite, mais parce que je décide de ne pas lui ressembler dans sa méchanceté, parce que j'ai un cœur bon et non parce que l'autre s'est d'abord excusé, ou parce qu'il a réparé son offense.
Dans la même veine, je fais le bien parce que c'est bien de le faire et parce que je suis un homme, une femme qui a un bon cœur*_. A ce moment, que les gens soient reconnaissants ou pas, je ne me sentirais jamais frustré, et je ne renoncerai pas à faire le bien parce que je n'ai pas reçu en retour la reconnaissance, mais plutôt l'ingratitude ou l'indifférence.
La 3e chose à retenir, est le message théologique de cet évangile. Matthieu écrit ce passage pour résoudre un grave problème qui s'est posé dans les 1ères communautés chrétiennes. En effet, l'arrivée d'anciens païens dans les communautés faisait murmurer ceux qui venaient du judaïsme et qui se savaient héritiers de l'Alliance. Or, Jésus est venu pour faire entrer toute l'humanité, dans cette Alliance avec Dieu, qui donne la vraie vie. Ce problème a-t-il vraiment disparu dans nos communautés aujourd'hui ? Non, car parfois nous ne regardons pas souvent d'un bon œil, quand nous voyons certaines personnes, que nous avions déjà condamné, étiqueté de mauvaises personnes, chercher à rejoindre le chemin de la foi et de l'Eglise.
Dans nos groupes et associations paroissiaux, il y a certaines personnes qui n'acceptent pas par exemple passer la main aux autres pour assumer certaines responsabilités, car pour ces personnes, il n'y a qu'elles, pour faire ci ou ça, comme si quelqu'un d'autre ne peut le faire, comme si sans elles l'Eglise ne peut continuer d'exister.
Frères et sœurs, le bon larron en croix, est un bel exemple d'un ouvrier de la dernière heure. Dans ce sens, cet évangile devrait nous réjouir le cœur. Car en vérité, qui d'entre nous peut se vanter d'être un ouvrier de la première heure ? Qui que nous sommes, quoi que nous ayons déjà accompli dans la vie, nous sommes tous des ouvriers de la dernière heure. Alors rendons grâce à Dieu pour sa bonté et sa miséricorde, qui ne se lasse pas de nous accueillir, malgré nos jalousies, nos méchancetés, nos paresses, nos ingratitudes envers lui et envers les autres.
Demandons-lui la grâce de transformer nos cœurs de pierre, afin qu'ils deviennent comme le sien, des cœurs pleins de bonté pour les autres, sans calcul, sans intérêt, mais tout simplement parce que c'est bien de faire le bien.
Que la vierge notre mère, intercède pour nous, pour que nous obtenions cette grâce.
Un très bon dimanche à tous dans le Christ ressuscité.
Padre Armand, sac
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